Alors que 2024 s’achève, le panorama des difficultés rencontrées par les entreprises peint un tableau préoccupant. Les dernières statistiques révèlent un nombre alarmant de défaillances, touchant principalement les PME. Plus de 63 000 défaillances ont été enregistrées dans toute la France, avec une nette domination des liquidations judiciaires. Ce contexte difficile souligne l’urgence pour les chefs d’entreprise de se trouver accompagnés et bien informés.
Cette analyse pourra permettre aux décideurs de mieux appréhender les enjeux juridiques découlant des difficultés économiques. De la procédure de sauvegarde aux multiples arrêts de la Cour de cassation, les implications sont nombreuses, tant sur le plan stratégique que juridique.
Statistiques révélatrices des défaillances d’entreprises

Les données collectées montrent qu’au 30 septembre 2024, 63 741 défaillances ont été enregistrées. Parmi celles-ci, 14 047 redressements judiciaires ont eu lieu. La grande majorité, soit 94 %, des défaillances concernent des entreprises de moins de 10 salariés, ce qui souligne la vulnérabilité de cette catégorie d’entreprises face à la crise économique actuelle.
Il est également noté que 68 % des procédures en cours sont des liquidations judiciaires directes. Ce chiffre interroge sur les outils de sauvetage encore utilisables, et même si 200 procédures de sortie de crise ont été mises en œuvre, ce chiffre reste faible par rapport aux défis à relever. Les prêts garantis par l’État, bien qu’initialement perçus comme un outil de sauvetage ont aussi montré leurs limites dans le temps, et il sera essentiel de déterminer comment ajuster ces soutiens à l’avenir.
Les délais de paiement demeurent un sujet de préoccupation, inscrivant encore plus d’entreprises dans une spirale de difficultés. Les retards de paiement sont responsables d’environ 25 % des défaillances. La situation devient critique, surtout lorsqu’il s’agit d’entreprises opérant dans le secteur des services.
Les PGE et leur impact sur les entreprises
Plus de 800 000 Prêts Garanties par l’État (PGE) ont été attribués jusqu’à juin 2022. Ce soutien financier a permis à de nombreuses entreprises de surmonter les défis financiers immédiats. Cependant, les difficultés de remboursement commencent à émerger avec un taux de non-remboursement évalué à 4 %, soit environ 30 000 entreprises en proie à des soucis sur leurs remboursements.
Malgré ces chiffres relativement faibles, il reste à déterminer si les entreprises qui ont effectivement recours à la médiation pour restructurer leurs créances sauront retrouver un équilibre financier. En effet, seulement 1 100 entreprises ont sollicité ce recours, un chiffre qui pourrait suggérer un manque de connaissance ou d’accès à ces procédures.
Les arrêts marquants de la Cour de cassation

La fin de l’année 2024 a été riche en enseignements avec plusieurs arrêts essentiels de la Cour de cassation concernant le droit des entreprises en difficulté. Ces décisions ont porté notamment sur les enjeux de la conciliation, au moment où le cours de la procédure est déterminant pour les entreprises en difficulté.
Un arrêt notable précise que le débiteur n’est pas tenu de déclarer son état de cessation des paiements tant que la procédure de conciliation est en cours. Une fois la conciliation échue, cette obligation revient. Ce raisonnement, basé sur l’article L. 611-4 du code de commerce, introduit une nuance significative dans l’application des procédures collectives.
Il est essentiel de maintenir un climat de sérénité durant ces négociations, en réduisant la pression exercée par les créanciers. Les pratiques courantes recommandent l’instauration d’un stand still, permettant ainsi une suspension de l’exigibilité au cours des pourparlers, favorisant ainsi la recherche d’un accord bénéfique pour toutes les parties.
Les implications sur la responsabilité des dirigeants
Lorsqu’un dirigeant s’engage dans une procédure de conciliation, il doit rester vigilant quant à ses responsabilités personnelles. Dès que les discussions échouent, il se doit de déclarer l’état de cessation des paiements et de déclarer une éventuelle procédure collective.
De nombreux dirigeants font face à une obligation de célérité, car chaque jour qui passe sans action appropriée peut aggraver la situation financière de l’entreprise et, par conséquent, augmenter leur responsabilité personnelle pour les dettes accumulées. La cour d’appel a récemment statué que l’attente prolongée peut être interprétée comme un manquement à leurs obligations.
Les défis de l’admission des créances

La procédure d’admission des créances est un aspect critique du droit des entreprises en difficulté. En effet, un arrêt de la Cour de cassation a récemment précisé que dans le cadre d’une procédure collective, le mandataire judiciaire doit être impliqué pour la reprise d’instance dans une instance en cours. Cet engagement est fondamental pour assurer la régularité des procédures et protéger les droits de tous les créanciers impliqués.
Un cas intéressant a révélé qu’une société, débiteur in bonis, avait engagé une procédure qui a été interrompue après l’ouverture de la procédure collective. En appel, la demande du créancier a été déclarée irrecevable du fait de l’absence de mise en cause du mandataire dans les actes de la procédure, démontrant ainsi l’importance cruciale de la diligence procédurale pour maintenir un système judiciaire efficace.
La contestation d’une créance
Dans un cadre où une contestation sérieuse sur une créance est relevée, la Cour de cassation souscrit à l’idée qu’une partie doit saisir la juridiction compétente dans un délai d’un mois suivant l’avis de contestation. En outre, si un appel est interjeté, il doit également être pris en compte pour éviter des situations de forclusion.
Un débat demeure concernant l’utilisation des ressources d’appel qui pourraient conduire à des abus et des procédures dilatoires. La clarification de la voie procédurale à suivre se présente donc comme un impératif pour éviter les complexités qui pourraient agacer les acteurs économiques. Un équilibre est à trouver pour assurer la fluidité des procédures tout en respectant les droits des créanciers et des débiteurs.
Les effets de la liquidation judiciaire sur les cautions

L’une des questions centrales soulevées par la liquidation judiciaire concerne les obligations des cautions. Dans le cadre d’un recours contre la sous-caution, il a été décidé qu’une déclaration de créance effectuée par la caution interrompt la prescription de son action envers la sous-caution jusqu’à la clôture de la procédure collective.
Ce changement de perspective apporte un éclairage crucial sur les possibilités dont disposent les cautions une fois que la liquidation judiciaire est prononcée. Il en découle une responsabilité prolongée et une certaine complexité où les cautions doivent agir avec prudence pour éviter l’écueil de la prescription des délais.
Le rôle du cautionnement en période de difficulté
Les cautions jouent un rôle décisif lors des périodes de difficultés économiques, influençant les décisions stratégiques des entreprises. En plus de sécuriser les créances, elles peuvent également jouer un rôle en tant qu’indicateurs de la santé financière de l’entreprise. Les jugements récents soulignent l’importance de ces engagements dans le contexte substantiellement modifié des procédures collectives.
Sans une gestion adéquate, les cautions peuvent devenir un fardeau pour les entreprises, augmentant leur passif et ticket de départ vers la liquidation. Il devient donc nécessaire pour les dirigeants de s’engager dans une analyse proactive des engagements de caution dans les pratiques financières de l’entreprise.